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L’affichage en relief crève l’écran

Article paru dans SVM n°262, septembre 2007. Texte : Amine Meslem. Photos : Philips, Dassault, 3D Lized, DR. Version imprimable Envoyer par email
La 3D pourrait bien être la prochaine révolution de l’affichage du grand au petit écran. Industriels, fournisseurs de contenus et opérateurs sont déjà sur les rangs.

Hollywood veut révolutionner l’écran. Shrek 4 et les prochains films d’animation de DreamWorks qui sortiront à partir de 2009 seront en relief. James Cameron, le célèbre réalisateur de Titanic, travaille en ce moment sur Avatar, un film de science-fiction tout en 3D. Steven Spielberg et Peter Jackson comptent eux aussi donner de la perspective à leur futur film sur Tintin.

Pour une partie de l’industrie du cinéma, c’est une conviction : l’affichage en relief sera aussi important que l’arrivée de la couleur. De quoi combler les amateurs de grand spectacle. Pourtant, les projections de films en 3D ont eu leurs heures de gloire dans les années 1950 et n’ont jamais réussi à se démocratiser.

Les principaux constructeurs d’écrans travaillent sur des télés affichant des images en relief sans lunettes. Des modèles, (tel le Philips, ici-dessus) sont déjà en vente. Ils répondent à certains besoins professionnels ou servent à épater la galerie dans des halls d’hôtels ou de grandes entreprises.

Jusqu’à peu, les systèmes utilisés étaient onéreux et ne donnaient pas entière satisfaction. Mais le perfectionnement des outils informatiques et l’augmentation du nombre de salles équipées en numérique changent la donne.

Lexique

1\\ Stéréoscopie
Procédé connu depuis fort longtemps et basé sur la façon dont nous percevons la 3D. Nos yeux étant écartés d’environ 6,5 cm, ils génèrent chacun une image de la même scène sous différents angles, que le cerveau se charge de combiner. Toute la difficulté consiste à restituer correctement les deux images 2D afin de tromper le cerveau. Avec l’auto-stéréoscopie, on voit le relief sans lunettes.

2\\ Réseau lenticulaire
Succession de microlentilles verticales extrêmement fines, en verre ou en plastique. Elles orientent les images destinées à chaque œil. Placé devant l’écran, le réseau lenticulaire doit être assez transparent pour obtenir une luminosité et un contraste corrects.

144 images polarisées par seconde...

Deux méthodes sont aujourd’hui en lice. La plus répandue consiste à utiliser un écran argentique sur lequel on projette simultanément deux images en lumière polarisée, l’une horizontalement et l’autre verticalement. Le spectateur perçoit le relief à l’aide de lunettes dont les filtres ne laissent passer qu’une des deux lumières pour chaque œil. Ces lunettes dites passives ne coûtent presque rien et peuvent être laissées aux spectateurs. Mais la salle doit être équipée d’un écran assez coûteux, inutilisable pour une projection traditionnelle qui exige un fond blanc.

Principal promoteur de cette méthode, la société américaine Real D utilise un seul projecteur numérique diffusant 144 images polarisées par seconde. Sa technologie équipe près de 700 salles, essentiellement aux États-Unis. Elle a noué un partenariat avec Disney afin de diffuser ses derniers films d’animation Chicken Little et Meet the Robinsons. Elle a également séduit le groupe de rock irlandais U2, qui a montré un extrait 3D de l’un de ses concerts lors du dernier Festival de Cannes.

En France, on connaît surtout le procédé Imax 3D destiné aux écrans géants comme celui de la Géode, à Paris. S’il peut se servir de la projection en lumière polarisée, Imax 3D exploite aussi la projection alternée. Il s’agit d’alterner très vite vision gauche et vision droite de façon à leurrer le cerveau. Pour cela, le projecteur numérique transmet par infrarouge un signal à 140 Hz qui commande l’ouverture du côté gauche ou droit des lunettes. Inconvénient : les lunettes LCD nécessaires coûtent encore 40 €, même si elles valaient 200 € il y a deux ans.

Avantages : l’exploitant n’a pas besoin d’un nouvel écran et le système s’adapte aussi bien aux écrans hémisphériques qu’à ceux des salles standard. Le cinéma Publicis des Champs-Élysées en est d’ailleurs équipé. “C’est la meilleure solution”, estime le fondateur de 3DLized, Philippe Gérard, une société française spécialisée dans la conception de films en relief. L’une des rares, avec les studios de George Lucas, capables de faire de la 3D à partir de séquences en 2D. Une opération complexe et coûteuse puisqu’il faut calculer un second point de vue pour chaque scène. Des tests ont été réalisés avec des extraits des films Les Chevaliers du ciel et Azur et Asmar. Il est plus simple pour 3DLized de créer directement de la 3D en images de synthèse à l’instar de son film sur le Falcon 7X pour le compte de Dassault.

Et en ce moment, Philippe Gérard s’essaie à la réalisation d’un documentaire à l’aide de caméras stéréoscopiques.

En ligne de mire : La télé en 3D dans nos salons

Le cinéma reste le meilleur moyen d’apprécier le relief même si le port de lunettes spéciales est encore obligatoire. Les salles dotées de projecteurs numériques peuvent passer à la 3D moyennant un surcoût raisonnable.

Si, selon lui, le cinéma est le meilleur moyen d’immerger le spectateur, il songe aussi à produire du contenu pour le petit écran. Car les géants de l’électronique comme LG, Sharp ou Philips travaillent sur des télés affichant des images en relief sans lunettes.

Là encore, deux principaux modes de restitution sont en concurrence : la barrière de parallaxe – un film composé de zones opaques et de zones transparentes chargées de bloquer une partie de la lumière, de sorte que chaque œil reçoive des informations différentes – et le réseau lenticulaire. Ce dernier procédé, dit aussi Alioscopy, a été développé par le Français Pierre Allio.

Pour ne pas limiter le champ d’observation, il a eu l’idée d’exploiter des prises de vue multiples. L’impression de relief est ainsi recréée dans plusieurs directions à l’aide d’un réseau de lentilles placé devant l’écran. Une méthode utilisée notamment par Philips. Mais elle réduit l’angle de vision et la définition. Des fabricants vendent déjà des écrans 3D pour répondre à certains besoins professionnels (architecture, CAO, etc.). Ils s’installeront sans doute dans nos salons dans quelques années.

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