C’était en plein milieu de l’été : un moteur de recherche inconnu, Spock.com, déclenche une vraie tempête médiatique, jusqu’à faire parler de lui dans les journaux télé du soir, qui, pour le coup, ressortent Big Brother des tiroirs. Avec bon sens : le business de Spock, la recherche de personnes, est inquiétant.
Le principe ? Tapez le nom d’un individu qui vous intéresse et Spock va tenter de retrouver sa trace sur le Web, puis de synthétiser tous les résultats sur une seule et même page, avec photos, centres d’intérêt et, pourquoi pas, profession et amis. Avec son service, Spock espère réussir dans le business potentiellement juteux de la “recherche de personnes”, qui représente 30 % des requêtes sur Internet.
Google.com Les impitoyables robots de Google sont capables de retrouver la moindre trace de votre nom sur Internet : signature d’une pétition, commentaire sur un blog, messages sur Usenet… Le “cache” de Google peut aussi avoir conservé en mémoire des pages que vous auriez effacées. La principale différence entre Google et les moteurs dédiés vient de la surabondance d’informations que peut générer votre requête. Mais le géant propose aussi une recherche site par site, qui fonctionne à merveille.
Pipl.com À chaque requête, Pipl.com vous annonce pompeusement qu’il est en train
Upscoop.com Plutôt Pour garnir sa propre base de données, Spock va simplement piocher dans celles qui existent déjà. Si vous êtes inscrit sur Linked In, vos nom et profession apparaîtront automatiquement sur Spock. Idem si vous disposez d’un compte sur MySpace où votre véritable nom apparaît. Mieux vaut le savoir : aucune information que vous confiez à vos contacts sur les sites communautaires ne sera épargnée. Une situation qui a empiré depuis que Facebook (voir aussi page 30 de SVM n°263), réseau social un temps vanté pour son respect pour la vie privée de ses membres, a lancé ce qu’il appelle son “répertoire public”.
Depuis quelques semaines, tous les noms des utilisateurs sont accessibles à tous les moteurs de recherche (sauf refus explicite de l’internaute), ce qui transforme de fait Facebook, fort de plus de 30 millions de membres, en véritable annuaire sur Internet… D’autant qu’il conquiert chaque jour de nouveaux membres, notamment en France !
Spock n’est pas, bien entendu, le seul à pouvoir profiter de ces données qui circulent librement de site en site. D’autres sites de recherche d’individus, plus anciens sur le marché, fonctionnent même plus efficacement que celui qui a récemment fait la une des journaux. Wink.com recense la bagatelle de 215 millions de profils, piochés dans une ribambelle de réseaux sociaux, y compris les petits nouveaux comme Twitter. Et que penser de Google, dont la recherche avancée peut fournir des résultats similaires et dont le cache est bien pratique pour révéler des informations personnelles qu’on avait pourtant préféré effacer ?
Loin d’avoir la puissance de feu de Google, PeekYou, le petit nouveau du secteur, encourage sans complexe ses membres à créer des fiches sur leur famille et amis (avec photo) “pour être sûr qu’ils soient eux aussi facilement repérables en ligne”. Drôle de concept que ce mélange du bottin et de Wikipédia, qui revendique déjà 50 millions d’individus dans ses bases de données. Difficile de ne pas penser aux dérives qu’il peut potentiellement provoquer.
La palme du concept le plus effrayant lié à la recherche d’individus sur Internet revient sans conteste à Rapleaf, un site qui se propose de vous informer sur “la réputation” d’une personne sur Internet. La différence avec les sites cités plus haut ? Il vous propose d’effectuer une recherche non par le nom ou prénom, mais… par l’adresse e-mail. Entrez simplement le courrier d’un de vos amis : Rapleaf va chercher tous les profils associés à cette adresse sur de nombreux sites Internet et afficher tous les résultats, accompagnés du nom, de l’âge et du lieu d’habitation de la personne… Une entreprise douteuse, qui semble garnir ses bases de données grâce à un autre moteur de recherche de personnes, Upscoop.com, qui vous propose quant à lui de chercher “en masse” des amis à vous sur le Net, en leur offrant accès à votre carnet d’adresses. Des informations que Rapleaf enregistre aussi pour ses propres besoins, histoire de proposer des études de marché précises sur les utilisateurs de réseaux sociaux…
Devant le tollé provoqué par son service, si peu respectueux des données personnelles, Rapleaf a avoué “avoir commis des erreurs” et a révisé sa politique de protection des données personnelles… Mais livre pour l’instant toujours autant d’informations à votre insu. Sur Internet, souriez, vous êtes chaque jour plus pisté !