Je suis un électeur électronique
Electeur de la commune d'Issy-les-Moulineaux, j'ai eu l'occasion pour ce premier tour des présidentielles de tester les machines à voter dont la ville s'était pourvue. Ne revenons pas sur le débat qu'elles ont suscité entre la majorité municipale et l'opposition, mais focalisons-nous sur l’utilisation par le citoyen lambda.
Comme l'a décrit la presse quotidienne, il faut le reconnaître, les bureaux de vote étaient chargés… très chargés. Si pour ma part, 30 minutes de queue ont suffit, d'autres affirment avoir piétiné près d'1h30. De mémoire, je n’avais jamais attendu au bureau pour les scrutins précédents. Dans la longue file des votants, quelques-uns râlent accusant la machine de tous les maux. Avouons aussi, que les électeurs isséens s'étaient bien plus mobilisés puisque le taux d'abstention fut, ce dimanche, en retrait de plus de 16 points par rapport au premier tour de 2002, mais ça, personne ne le savait encore.
Enfin arrivé dans la salle, je peux observer les autres votants. Si, pour la grande majorité des gens, l’opération ne prend que quelques instants, en revanche certains de nos seniors semblent se heurter à quelques soucis ; ici la petite vieille dame panique et ne sait plus sur quel bouton appuyer tandis que le président du bureau de vote tente de la rassurer tout en restant à distance pour ne pas trahir la confidentialité ; là, derrière la machine, un monsieur d’une soixantaine d’années agite les bras et exprime haut et fort son mécontentement sur le vote électronique puis en profite pour se moquer du maire… d’autres furent même assez grossiers !
Enfin mon tour arrive, je présente mes cartes d’électeur et d’identité, puis une fois reconnu sur la liste électorale, on me demande si j’ai besoin d’une explication sur le fonctionnement de la machine. Même si je n’ai aucune idée de son utilisation précise, la fierté masculine parle et je refuse cette offre d’aide. Je me place donc derrière l’appareil et le président du bureau y insère à une sorte de grosse cartouche qui réveille l’écran et affiche la liste des 12 candidats, plus une case pour le vote nul. Il s’écarte, me laissant seul à mon vote. J’appuie à l’écran sur mon choix, puis sur le bouton de validation et enfin, en haut de la machine, sur le gros bouton rouge « VOTE ». La machine émet un léger sifflement indiquant au président que j’ai voté… Temps total de l’opération : 5 secondes. Ne me reste plus qu’à aller émarger.
Au final, la machine à voter, c’est rapide pour peu qu’on soit un tout petit habitué à manipuler un écran tactile, ce qui n’est pas le cas de tout le monde et c’est bien compréhensible. Il faut reconnaître toutefois que toutes les personnes avec qui j’en ai parlé ressentaient cette impression bizarre de ne pas avoir de papier en main. Ce sentiment devrait sans doute s’estomper dès le prochain scrutin.
Posté le 23/04/2007 par | Lien permanent | Commentaires (6)
OK la partie technique pour le votant fonctionne. Mais après, j'aimerais savoir quel est l'interêt ?
L'informatisation de tâches répétitives, permet de gagner du temps ou d'acceder à des fonctionnalités nouvelles.
Sommes-nous dans un de ces 2 cas de figures ?
De quelles fonctionnalités nouvelles pouvons-nous bénéficier ?
L'arrêt du gaspillage de tonnes de bullettins imprimés inutilement. C'est un plus indéniable.
Le suivi des scores en temps réel avec des résultats "au fil de l'eau" : c'est interdit. Sur ce point innovations, je n'ai pas d'autres idées. Et vous ?
Le gain de temps maintenant. Il est évident que le dépouillement sera plus rapide. Le gain doit être d'environ 1h par urne. Mais cette tâche est accomplie par des citoyens non-rémunérés généralement envoyés par les candidats ou leur parti. Donc aucun gain économique pour la société ou plus concrètement pour le contribuable. Il faut néanmoins faire l'acquisition de ces machines et en assurer la maintenance.
La rentabilité est donc difficile à trouver, pas de d'innovation de rupture et peu d'économies.
Maintenant, parlons des risques. C'est un système plus compliqué à mettre en oeuvre et le plus petit bug ou la moindre panne de courant peut mettre à mal le processus démocratique. La serrenité et la fiabilité doivent permettrent aux citoyens de voter simplement.
Enfin, il ne faut pas se voiler la face, le doute sur la sécurité du processus ne pourra jamais être totalement exclu. Entre les hackers-joueurs qui trouveront là un des plus beaux défis et les assoiffés de pouvoirs prêts-à-tout le risque n'est pas négligeable et rien ne permettra jamais aux citoyens lambda d'être totalement rassuré. Même en passant son dimanche à surveiller la machine.
Alors, ça fonctionne oui. Du moins sur ce que l'on peut en voir. Est-ce souhaitable ? J'en suis moins certain.
Et vous, qu'en pensez vous ?
Je suis aussi un électeur électronique, mais pas dans la même commune. Le vrai problème, à mon sens, n'est pas tant la praticité du système que le nombre de machines par bureau de vote ...
Je n'ai pas le temps ni l'envie de me lancer dans des calculs savants, mais si cela prend effectivement très peu de temps de voter en appuyant sur un bouton, passons le sentiment étrange que cela procure au citoyen, le temps gagné n'est finalement pas suffisant pour absorber, les jours de forte affluence, l'unique file d'attente devant l'unique machine à voter. Remplacer cinq isoloirs par une seule machine voilà le vrai problème !
L'absence de confirmation par la machine à l'électeur de son propre vote, vous avez voté "cyril boulard".
L'absence de possibilité de recompter est elle compensée par une plus grande viabilité.
L'économie de papier est est un plus indéniable (même si ce n'est que la partie la plus faible du papier dépensé sur la campagne).écologiquement du moins, économiquement le prix de la location doit largement compenser.Ceci dit, dans ton calcul, petit vélo, tu oublies de compter les employés municipaux qui travaillent sur l'élection.
Quand aux nombre de machines, est il vraiment en question : une grande partie de l'attente venait d'une part, de la forte participation et d'autre part, de la nouveauté (en moyenne quatre questions par électeur).
Un regret, une nostalgie : ne plus retrouver cette ambiance de méfiance collective que l'on trouvait dans le bureau les soirs de dépouillement, tandis que la rumeur sur le résultat s'amplifiait...
À noter : actuellement le papier utilisé pour les bulletins et les enveloppes est recyclé et recyclable !
Et franchement, ça fait plaisir de voir les papiers sortir un par un des enveloppes, les avoir touchés avant de les avoir mis, en être à prendre un peu notre temps pour compter, énumérer. Les machines ont des limites, quand même !
Du côté du prix total, ça se discute : il n'y a plus de papier (recyclé et recyclable, on l'a dit) mais il faut quand même payer la machine (6000 € HT pour chacune, apparemment) ainsi que sa consommation d'électricité et les charges d'entretien. Uniquement faites par le constructeur.
Ajoutons que la plupart de ces machines fonctionnent avec des logiciels quand même assez chers : pour une famille de ces machines utilisées, c'est du Windows XP, outil étant loin d'être gratuit.
Enfin vient le débat classique : que sait-on ce qu'il se passe dans la machine ? On a beau lui faire confiance, à moins d'avoir des yeux détectant les électrons et autres molécules et ondes électromagnétiques, on ne sait pas ce qui se passe exactement. Et si une machine a "planté" ? Il faut revenir voter ! Que celui ou celle qui n'a jamais rencontré un seul souci (même minuscule) avec Windows ou même tout autre système d'exploitation en soit à jeter la première pierre !
Et à votre avis, toutes et tous, pourquoi certains pays ont déjà fixé que non, le vote électronique ne serait pas possible ?
Un débat est à faire, mais vraiment, vraiment, vraiment, on se sent bien plus citoyen en mettant une enveloppe, en entendant "A VOTÉ !", puis en signant un papier, qu'en posant le doigt là, bip, comme lors d'un retrait d'espèces avec une carte bancaire ! Tout cela pour agir sur nos dirigeants, rappelons-le.
Le problème a soulever concernant les machines a voter concerne leur fonctionnement. Un bout de papier, une urne transparente, un decompte à la main et les résultats sont palpables, on a la possibilité de recompter en cas de doute. Dans le cas des machines, on n'est jamais vraiment assuré que le coeur des machines restitue exactement le résultat. Lors du premier tour, on a qd meme relevé des différences entre le nombre de suffages exprimés et le nombres de votes décomptés (jusqu'à 40 votes !!! selon Le Monde).
Les machines sont homologuées par l'état mais le noyau, le firmware qui fait tourner le system n'est pas "auditable" sur le vif en cas de problème.
Bref, utilisateur d'ordinateurs depuis plus de 20 ans, je me méfie encore de ce genre d'outils.
Confier le processus de comptage des voix à un système électronique est une pure folie, un véritable danger pour la démocratie. Le dépouillement des bulletins par les citoyens doit absolument rester la norme !
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