Vous allez débattre d’un texte de loi qui voudrait résoudre le problème de l’échange illicite d’œuvres culturelles sur Internet par la répression.
Ce texte est issu du rapport Olivennes, dont les propositions ne sont, en l’état, pas satisfaisantes. Pire, nous considérons que ces mesures aggraveraient la situation. La suite
Les parlementaires, Google, les distributeurs, Libération, et bien-sûr les pirates : les maisons de disques auraient trop d'ennemis ! Le métier de producteur demande "passion et masochisme", ont aujourd'hui expliqué quelques responsables de labels à Nathalie Kosciusko-Morizet, à l'occasion de la seconde table ronde sur le thème "Internet POUR la création musicale". Morceaux choisis.
Souvenez-vous : le 14 avril dernier, à l'initiative de SVM, la Secrétaire d'Etat à l'économie numérique réunissait les distributeurs digitaux (FNAC, Virgin, Deezer, etc.) autour d'une table ronde sur le thème "Internet POUR la création musicale", pendant participatif et constructif aux débats sur le téléchargement illégal, et donc en rupture avec l'angle répressif de la loi Hadopi (synthèse de la table ronde ici).
Jeudi midi à Issy-les-Moulineaux a eu lieu la troisième étape de ce cycle (la seconde a eu lieu en huis clos avec les représentants des ayants droit), réunissant, cette fois, les producteurs de musique. Le débat était animé par Jean de Chambure, responsable éditorial du centre de veille technologique de BNP-Paribas, l'Atelier. La problématique, il l’a résumée en une phrase :« Hadopi, c’est presque fait. Au-delà de ça, qu’est-ce qu’il faut faire pour rendre l’offre musicale légale plus attractive ? » Mais si cette rencontre devait donner lieu à un échange de propositions pour l’avenir, il est vite devenu un procès contre la mauvaise image des producteurs de musique en France, ces fameuses « majors » (mais qui sont parfois indépendantes), auxquelles internautes, distributeurs et même parlementaires reprochent des marges mirobolesques.
" Il faut affirmer la légitimité du producteur"
On se souvient que lors de la première réunion, par la voix de son responsable digital François Gerbet, la FNAC avait elle-même dénoncé le poids des marges des maisons de disques, un argument notamment repris par plusieurs parlementaires durant les débats sur la loi Hadopi . « On est en pleine démagogie : c’est très facile d’affirmer qu’on n’a pas besoin d’argent quand c’est l’argent des autres », s’est ce matin insurgé Pascal Zelnik, à la tête du label indépendant Naïve, qui produit notamment Carla Bruni. « Le partage des revenus entre artistes et maisons de disque est même favorable aux artistes », estime Pascal Nègre (Vivendi Universal), qui s’est évertué à expliquer qu’aux 90 centimes censément perçus par les maisons de disque sur chaque morceau (à 0,99 € le prix de vente), il fallait retirer la TVA, payer la plateforme elle-même, mais aussi la production et la communication.
Le problème serait en fait ailleurs : l’image-même du métier de producteur. « On est perçu comme des méchants producteurs de spectacle, alors que notre investissement dans la création est énorme », se désole ainsi Olivier Darbois, dont la société, Corida, est notamment concessionnaire de La Cigale à Paris. « Etre producteur aujourd’hui, c’est être passionné ET masochiste, confirme Pascal Zelnik, reprochant notamment à Libération d’avoir fait campagne contre Hadopi, alors que « comme nous, la presse a vu ses ventes baisser à cause du web. » « Heureusement la passion l’emporte encore sur la souffrance. », nuance-t-il. Mais alors, comment défendre la profession et son utilité ? Le problème semble épineux, car par nature, c'est bien l'artiste qui est mis en avant par les campagnes de communication, non la maison de disque. Or le même album entregistré par deux compagnies différentes, avec des moyens différents, des studios différents, sonnerait différent, s'accordent à dire les cinq producteurs réunis ce midi-là. Le grand chantier est là : "il faut affirmer la légitimité du producteur", comme le résume Yves Riesel, fondateur de Abeille musique et de Cobuzz, un label et un site dédiés aux fonds de catalogue, au classique, au jazz et aux musiques du monde, et partagent la même philosophie : le "bandeau qualité".
Mais les pistes concrètes sont rares, à l'image d'un intervenant dans le public qui assure avoir trouvé le modèle idéal à l'heure du digital, mais refuse d'en parler - " ou alors sous NDA " (Non Disclosure Agreement, un contrat interdisant la divulgation des informations données).
"Aujourd'hui, on rêve tous d'être suédois !"
Si tous s'accordent sur l'état de délabrement du marché de la musique (« la piraterie est une forme de concurrence déloyale, (…) plein de métiers risquent de disparaître », alerte ainsi Patrick Zelnik), au moment de partager de nouvelles alternatives légales, le consensus des producteurs tombe. Pour Pascal Nègre, l’adoption d’Hadopi devrait suffire à faire repartir les ventes, comme en Suède, où elles ont grimpé de 90% sur le digital et de 7% en CD et DVD musical dans le mois suivant l'adoption d'une loi antipiratage, le 1er avril 2009. « Aujourd’hui, on rêve tous d’être suédois ! », assure-t-il (quitte à citer une baisse de 30% des téléchargements illégaux en mai dernier – chiffre qui serait remonté à son niveau de septembre dernier depuis).
« Il faut satisfaire le client, pas seulement le punir », nuance Patrick Zelnick, conscient qu'à l'heure du numérique, les attentes des consommateurs ne sontt pas les mêmes qu'il y a dix ans. Les invités vantent volontiers Deezer, modèle émergent (et français !), d’iTunes, qui génère 90% des revenus musicaux digitaux aux Etats-Unis, ou encore de Shazam, premier moteur de recherche audio. Mais de leur propre aveu, sur le numérique, les producteurs n’apportent aucune autre plus-value qu’une simple pochette de CD plus ou moins bien compressée.
Au contraire, les maisons de disques, en tant qu'ayant-droits, luttent contre les sites de paroles en ligne. Or paradoxalement, ces derniers sont souvent mieux référencés dans Google que les offres de musique légale ! « Si vous tapez un nom d’artiste sur Google, il vous propose le torrent, s’esclaffe Pascal Nègre dans un rire jaune. Un moteur de recherche comme Google vous prend par la main (…) et grâce aux pubs AdSense, il gagne même une partie de sa vie en vous amenant aux offres illégales ! ». Ce sera l’une des rares propositions concrètes (mais difficilement réalisables, tant Google échappe à la juridiction française) : demander au gouvernement d’obliger les moteurs de recherche à référencer prioritairement les offres de musique légale.
Observatrice attentive des échanges, Nathalie Kosciusko-Morizet, la secrétaire d'Etat au développement de l'économie numérique, s’est attachée à défendre les parlementaires (« c’est très difficile pour eux, un certain nombre ne sont pas utilisateurs du numérique, ils sont influencés par des avis contraires »), et de recadrer les invités du débat, lorsque perçait, parfois, l’utopique espoir de revenir à l’âge d’or des major, le CD. « Les 12-25 n’achètent plus de musique matérielle, et quand je dis 12-25, c’est bien plus large que ça, doit ainsi trancher Nathalie Kosciusko-Morizet. L’idée n’est pas de trouver une solution au business des supermarchés : les jeunes ne reviendront jamais au matériel. Il faut aujourd’hui trouver comment rendre l’offre numérique légale plus attractive ». La Secrétaire d’Etat a cependant constaté que jusqu’à présent, aucune solution aux problèmes du marché de la musique en ligne n’a créé le consensus. « Rien n’a été arrêté, rien n’a été arbitré pour l’instant », a-t-elle assuré. Le calage des propositions se fera à l’automne seulement. Le débat reste ouvert.
29.12.2009 par Steven James