L’info chaude sortie des vestiaires ? C’est sur les réseaux
Une étude néerlandaise officielle affirme que le bilan général du peer-to-peer présente plus de bénéfices que d'inconvénients pour l'ensemble de la société.
Alors que notre Assemblée nationale s'apprête à voter une loi qui autorisera les majors à surveiller les internautes et à faire couper la connexion sans possibilité de se défendre convenablement, voilà une étude pour le moins explosive. Commandée par le gouvernement hollandais, elle affirme que le peer-to-peer présente un bilan « très positif pour l'économie des Pays-Bas à court et long terme ».
Il faut dire que l'étude part du principe que tout téléchargement par réseau P2P est de l'argent pas dépensé, donc gagné, par le téléchargeur. C'est ainsi qu'en page 3 du rapport, on lit : « On estime l'augmentation de la richesse parmi les consommateurs de l'ordre de 200 millions d'euros par an. Cela contraste avec le maximum de perte de recettes pour les producteurs et éditeurs d'enregistrements musicaux, estimé à 100 millions d'euros par an ».
Le peer-to-peer est aussi bénéfique pour l'offre culturelle qu'il propose, plus souple et plus réactive que celle des majors et studios : « Les consommateurs bénéficient grâce au partage de fichiers à l'accès à un large éventail de produits culturels ».
Discours rodé, selon les majors, le peer-to-peer est responsable de tous leurs maux, et l'endiguer redonnera des couleurs à leur chiffre d'affaire (il est vrai en chute libre). Mais pour l'étude, les téléchargeurs sont aussi ceux qui consomment le plus : « l'acte de téléchargement marche main dans la main avec l'acte d'achat (...) Pour la musique et les films, il y a autant d'acheteurs parmi les téléchargeurs que parmi ceux qui ne téléchargent pas. Pour les jeux, les téléchargeurs achètent même plus que les non-téléchargeurs ».
Alors, réprimer le peer-to-peer est-il la panacée de l'industrie ? Pas sûr : « beaucoup d'internautes qui téléchargent n'achèteraient pas en quantité similaire si le téléchargement gratuit n'était plus possible ; ils n'ont pas les moyens ou ont d'autres priorités budgétaires ». Et « l'acte d'achat actuel ne changera pas si le téléchargement devenait impossible » insiste l'étude un peu plus loin.
Les extraits ci-dessus sont tirés des pages 3 et 4 du rapport. Les 142 pages du rapport complet, riche en chiffres et diagrammes, sont disponibles en PDF sur le site du Ministère des affaires économiques néerlandais. Attention, version hollandaise uniquement, mais vous pouvez faire comme nous : soumettre des passages entiers du PDF à l'excellent Google Translate ! Souhaitons à nos députés qu'ils puissent s'en procurer une version traduite avant de se lancer dans les débats avec autre chose que les seuls chiffres fournis par les lobbies de l'industrie culturelle. Les Pays-Bas ne sont pas si différents de la France, après tout.
En attendant, il est toujours temps de signer notre pétition contre la riposte graduée, appelant à trouver d'autres solutions pour la rémunération des artistes que des surveillances et coupures mécaniques.